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Le roman de Thomas Mann, la Montagne magique, fait partie des chefs d’œuvre de la littérature. Son nombre de pages conséquent a cependant fait que je ne l’ai lu que récemment. Et puis le sujet – les personnages suivent une cure dans un sanatorium – n’avait rien de très motivant. Quelle erreur ! On se retrouve au sein d’un microcosme de personnages plus étranges les uns que les autres et dans une atmosphère où la mort est toujours présente. La description des lieux et des soins est très détaillée. C’est aussi un roman d’apprentissage pour le personnage principal qui finira par rester 7 ans dans ce sanatorium et une fin très ambiguë. Désormais, au soleil d’hiver, sur la terrasse, je ne peux plus me mettre dans un transat sans repenser aux après-midis du sanatorium de Berghof.

A plusieurs reprises, il est fait référence à la musique, d’un point de vue philosophique – notamment son rapport au temps - ou lors de petits concerts pour les patients. L’épisode le plus développé est situé au milieu du livre. Le directeur de l’institut installe un gramophone qu’il vient d’acheter dans le grand salon et il s’ensuit une description passionnante de la découverte de la musique enregistrée par les patients. Thomas Mann raconte le fonctionnement de l’appareil, ses subtilités techniques notamment le choix des aiguilles, les disques qu’ils écoutent et les impressions ressenties par les auditeurs. Un vrai compte-rendu digne des meilleures auditions dans les auditoriums de hi-fi et un guide pratique pour l’amateur de gramophone.

On peut lire, dans son journal, les notes sur sa propre expérience qu’il a, de toute évidence, retranscrite dans son roman :

« Le 10 février 1920,

Du mercredi 29 janvier à ce matin, séjour à Feldafing et à Polling. J'avais oublié d'emporter ce livre (1). Les 5 premiers jours, K. (2) a été avec moi ; elle a eu un temps mauvais ou médiocre, un gel clair s'est installé le jour où elle est repartie, mais il semble qu’aujourd'hui seulement le foehn veuille prendre le dessus. Richter a été absent jusqu'après le départ de K. Le clou de mon séjour : son excellent gramophone, que j'ai fait fonctionner sans arrêt, seul ou avec K. et Richter. L'ouverture de Tannhäuser, La Bohème, Le finale d'Aïda (mort d'amour à l'italienne). Caruso, Battistini, la Melba, Tita Ruffo, etc. Nouveau sujet pour la Montagne, une trouvaille sur le plan de la pensée et simplement du récit épique. (...) »

Voici le lien du texte du chapitre PDF Ampleur de l'harmonie.

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(1) Livre « d'un participant anglais à la conférence de la paix » (Paris 1920), entrée du dimanche 25 janvier 1920.

(2) K. pour Katarina Hedwig Mann, son épouse.


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