Le Mont Analogue est un roman d'aventures inachevé de René Daumal, rédigé entre 1939 et sa mort en 1944. Il a paru pour la première fois aux éditions Gallimard en 1952.
Son sous-titre en est : « Roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques », et se présente comme un récit de voyage à la première personne. Un petit groupe d'amis part à la découverte d'une montagne mystérieuse de l'hémisphère sud, un lieu d'une très haute valeur symbolique inaccessible au commun des mortels. À sa base, ils découvrent une société cosmopolite tout entière tournée vers l'escalade et dominée par les guides de haute montagne. Ils décident eux aussi d'entreprendre l'escalade. Le roman les abandonne en route vers l'ineffable, au milieu d'une phrase du cinquième chapitre se terminant par une virgule.
Voici une tentative de définition tirée du livre :
« La Montagne est le lien entre la Terre et le Ciel. Son sommet unique touche au monde de l'éternité, et sa base se ramifie en contreforts multiples dans le monde des mortels. Elle est la voie par laquelle l'homme peut s'élever à la divinité, et la divinité se révéler à l'homme. »
« Ce qui définit l'échelle de la montagne symbolique par excellence — celle que je proposais de nommer le Mont Analogue —, c'est son inaccessibilité par les moyens humains ordinaires. »
En conclusion, pour qu'une montagne puisse jouer le rôle de Mont Analogue, « il faut que son sommet soit inaccessible, mais sa base accessible aux êtres humains tels que la nature les a faits. Elle doit être unique et elle doit exister géographiquement. La porte de l'invisible doit être visible. »
L'auteur revendique l’influence de l'hindouisme et de l’enseignement de Georges Gurdjieff, maître spirituel influent de la première moitié du XXe siècle qui expliquait que la plupart des hommes, ne possédant pas une conscience unifiée esprit-émotion-corps, vivent leur vie dans un état hypnotique de « sommeil éveillé » mais qu'il est possible de passer à un état supérieur de conscience et d'atteindre le plein potentiel humain. Le roman est ainsi une quête spirituelle : la montagne est le lieu où il est possible de communiquer avec l’au-delà. Au-delà du symbolisme du sujet et de l’aspect aventureux de l’histoire, ce qui m’a fait adhérer à cette quête, c’est la description approfondie et quasi-scientifique du phénomène de la montagne invisible au reste du monde. René Daumal prend la peine de décrire avec précision la méthode pour découvrir cette montagne. De même, il développe des paragraphes sur la société humaine qui vit au pied du mont. Ce qui rend l’ensemble de l’histoire stimulante.
Le roman n’a jamais, à ce jour, été adapté au cinéma. François Truffaut a refusé en 1969. En 1972, Alejandro Jodorowsky n’a pas pu acquérir les droits et s’est résolu à une adaptation libre, La montagne sacrée.
Côté BD, je mentionnerai Schuiten et Peeters et leur série Les Cités Obscures dont une des cartes indique l’emplacement du Mont Analogue.
Le monde musical a été très influencé par le roman. On trouve sur les plateformes quantités de groupes et de morceaux qui se dénomment « Mont Analogue » « Mount Analogue ». GoGo Penguin a sorti un morceau, John Zorn a publié un album complet et Patti Smith, récemment, a réalisé un projet Peradam, du nom de la monnaie d’échange au pied du mont — elle a aussi préfacé la réédition du roman en 2021.
La playlist ci-après en présente une sélection. J’ai complété par quelques morceaux composés par Georges Gurdjieff : quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai découvert un album complet consacré au compositeur joué par Keith Jarrett chez ECM. Je terminerai par le morceau de Gorillaz, paru cette année, simplement intitulé The Mountain dont l’inspiration, bien que non revendiquée par les auteurs, me semble cohérente avec celle du roman.
Références
Une série d’articles parue dans Le Monde pendant l’été 2021 : Un portrait de René Daumal.