"Bob: I need this rendezvous point, you understand what I'm saying?
Comrade Josh: I understand and the question is what time is it?"
(One Battle After Another)

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Flea

Flea, le fameux bassiste du groupe Red Hot Chili Peppers, vient de sortir son premier album solo. Par curiosité — je ne suis pas inconditionnel — je l’ai écouté. Après un premier titre où le son de la basse appose définitivement la signature de Flea, un morceau très sinueux avec Thom Yorke (celui de la playlist), on entend au fil des plages cette trompette douce et mélodique qui revient comme un fil rouge. On s’est éloigné du rock puissant des Red Hot pour naviguer du côté du jazz. Cette trompette me fascine au point de chercher le nom du musicien. Surprise ! Il s’agit de Flea lui-même qui, avant de se mettre à la basse, avait appris la trompette. J’étais désormais conquis. La critique n’a pas été autant charmée que moi. Les critiques rock, pour faire simple, le trouvent trop jazz ; les critiques jazz trop rock et la trompette pas assez aboutie. Je gage qu’en blind test les jazzeux auraient été plus positifs… Heureusement, le disque a trouvé son public si on en croit les chiffres de Spotify.

The Cockroaches

Sorti pour le Disquaire Day du 11 avril, Un 45-tours, sous pochette immaculée, intitulé Rough and Twisted par le groupe The Cockroaches a fait le buzz. À la première note, on reconnaît les Stones. Il s’agit du premier extrait de leur prochain album qui sortira en juin. Ils avaient déjà utilisé ce nom pour des concerts surprises fin des années 70. Les Stones restent donc les rois incontestables de la promotion et la galette est instantanément devenue « collector ».

Chet Baker Oscar Paterson Thelonious Monk

Beaucoup de jazz dans mes enceintes ce mois-ci. En particulier voici une séquence de maîtres incontestés avec des morceaux enregistrés dans les années 60. D’abord Chet Baker dont j’avais retenu qu’il n’avait rien fait de valable après sa période Blue Note et avant son retour chez CTI en 1974. Ces enregistrements pour Prestige de 1965 méritent vraiment le détour. On poursuit avec des concerts de Thelonious Monk et d’Oscar Peterson récemment retrouvés dans les archives et publiés cette année. J’aime bien la juxtaposition de ces deux pianistes au style si différent. On notera aussi Adrian Cox et sa clarinette dans une reprise sensationnelle de Blue Indigo et John Klemmer, saxophoniste obscur des années 70, dans un titre tout en douceur et rêverie, My Love Has Beautiful Wings.

Pearls Melissa Laveaux Anne Sylvestre

Je suis assez fier du florilège de chanteuses proposé dans ce programme. Je crois qu’on ne peut pas faire plus éclectique. Par ordre d’apparition, Mélissa Laveaux, chanteuse d’origine haïtienne installée à Londres qui reste très attachée à ses racines, dans un extrait de son nouvel album, Anne Sylvestre dans une chanson ironique tirée de son répertoire pour adultes et Himiko Paganotti, chanteuse du groupe de jazz nordiste Pearls. Je m’arrête un instant sur ce quartet standard, piano, sax, basse et batterie auquel se joint une chanteuse. Ce qui en fait l’intérêt c’est l’intégration du chant dans leur musique et cette musique est tout simplement formidable. Cela me fait penser au groupe d’Anne Paceo quand Leïla Martial y participait. C’est leur premier disque ; je leur souhaite longue vie.

Minnie Riperton Grissini Project Rita Reys

On trouvera aussi Rita Reys, chanteuse hollandaise qui fit carrière aux US entre 1955 et 1961, une reprise de la bande-son du jeu vidéo Lilium par le Grissini Project, ensemble lyonnais dont la vocation est de jouer des arrangements classiques de thèmes issus de films, animés et jeux vidéo (Lucie Minaudier au chant) et la tessiture incroyable de Minnie Riperton qu’on peut apprécier ici en concert dans un titre funk très enlevé. Enfin, il y a Damia, la reine de la chanson d’avant-guerre, dans une chanson d’origine hongroise dont le titre est sans surprise d’une gaieté rayonnante 😉 : Sombre dimanche.

Lunar Rhapsody

On a vu récemment Projet Dernière Chance de Phil Lord et Christopher Miller, film malicieux montrant comment deux êtres on ne peut plus dissemblables arrivent à s’entraider pour sauver leur monde respectif. Ryan Gosling y est grandiose. Cela nous a donné envie de revoir First Man de Damien Chazelle dans lequel Ryan Gosling interprète Neil Armstrong, le commandant de l’équipage d’Apollo 11. Les astronautes avaient eu le droit d’emporter des cassettes avec leurs chansons préférées. Armstrong avait notamment choisi Lunar Rhapsody publié en 1947 avec le thérémine comme instrument solo — on l’entend dans le film. Si vous voulez tester cet instrument improbable, il y en a un en accès libre à la Cité de la Musique de la Villette. C’est un challenge et un plaisir d’arriver à en sortir quelques sons audibles ! Pour la petite histoire, les cassettes emportées étaient peu à peu utilisées pour enregistrer les informations de bord au fur et à mesure du voyage. Un gramme était un gramme. Une dernière remarque sur la pochette. Les illustrations de pochettes n’existaient pas sur les 78-tours. Après la guerre, à la naissance du microsillon, les compagnies de disques ont commencé à réfléchir au sujet et ont fait des tentatives. En voilà une somme toute assez lascive.

Miscellanées
Sonny Rollins 1987

Sonny Rollins vient de nous quitter. On parle souvent de géants à la mort des musiciens. Ici le terme n’est vraiment pas galvaudé. Je ne m’étendrai pas sur sa vie ni son œuvre qui s’étale sur presque 70 ans. Je l’ai vu deux fois en concert. La première, le 4 novembre 1987 au Zénith. Il nous avait embarqués dans un concert fleuve comme il savait faire. Il avait ensuite enchaîné les rappels sans jamais donner l’impression de vouloir s’arrêter. On a été contraint de quitter la salle avant la fin pour pouvoir attraper le dernier métro…

Le second était à l’Olympia le 12 novembre 2011. Cette fois-ci, son premier chorus était à la peine. Il semblait hésiter comme pris par l’angoisse qui étreint les artistes au moment de monter en scène. Inutile de vous dire que tout était remis en place à son second solo et qu’il parcourait désormais à grande enjambées et comme à son habitude la scène de long en large pendant les morceaux. Cela m’avait ému : après des décennies de carrière et ses milliers de concerts au compteur, Sonny Rollins était encore sujet au trac.

Ces souvenirs rappelleront sans doute quelque chose à certains abonnés.

Sonny Rollins 2011

PS : les deux photos sont tirées de chacun des concerts mais je n’en ai pas trouvé qui montraient Sonny Rollins dans la superbe chemise rouge qu’il arborait en seconde partie.

La playlist du mois est sur Audio Station, Qobuz, Deezer, Spotify et YouTube. Il suffit de cliquer sur les icônes :

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Pour plus de musique, toutes les archives sont disponibles sur le site lavande47.fr.

Bonne écoute

Philippe

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(Les morceaux manquants sont marqués ci-dessous : * pour Qobuz, ⁺ pour Deezer, ° pour Spotify et # pour YouTube)

  • Flea - Honora - Traffic Lights (feat. Thom Yorke) (5:41)
  • The Rolling Stones - In The Stars EP - Rough And Twisted (4:39)
  • Vance Joy - L'esprit Inter 02 - Le Son De France Inter - Riptide (3:21)
  • The Style Council - Café Bleu - My Ever Changing Moods (3:39)
  • Melissa Laveaux - at my softest i am most dangerous - yemaya (4:13)
  • Googoosh - 40 Golden Hits (1970-79) - Ma Beh Ham Nemiresim (5:37) *
  • Marcel Powell - David Linx - Marcel Powell Meets David Linx - Nosa - O Meu Amor (2:25) *
  • Adrian Cox, Honey Boulton & Alex Gilson - Adrian Cox Trio - Mood Indigo (5:52)
  • Chet Baker - Smokin' With The Chet Baker Quintet (Craft) - Have You Met Miss Jones? (6:38)
  • Oscar Peterson - Around The World - The Lamp Is Low (Live) (6:10)
  • Thelonious Monk - Bremen 1965 - Epistrophy (I) (8:07)
  • Anne Sylvestre - Florilège - Les blondes (4:03)
  • Arooj Aftab - Vulture Prince (Deluxe Edition) - Mohabbat (7:42)
  • Rita Reys & Bengt Hallberg Trio - Rita Reys: Two 'Jazzy' People - I'm Glad There Is You (Remastered) (4:42)
  • Pearls - Pearls - Changed (5:52)
  • Damia - Anthologie de la chanson française : 1936 - Sombre dimanche (3:22)
  • New Order - Power, Corruption & Lies - Age Of Consent (5:16)
  • Balthvs - Harvest - Sun Colored Eyes (3:55)
  • Minnie Riperton - Fabrics Of Time (Live Burbank '75) - Adventures In Paradise (Live) (3:41)
  • Grissini Project - Lilium (From ''Elfen Lied'') EP - Lilium (4:06)
  • John Klemmer - Blowin' Gold (2010) - My Love Has Butterfly Wings (3:50)
  • Les Baxter, Dr. Samuel J. Hoffman - Music out of the moon: Music unusual featuring the theremin - Lunar Rhapsody (3:05)
  • Leslie West - Mountain (1996 Columbia) - Blood Of The Sun (2:37)
  • Sonny Rollins - G-Man - Don't Stop The Carnival (11:20)
The Rolling Stones

Vol. 11 No 6

philippe.legouzouguec@gmail.com

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