« - J'ai oublié de vous dire... M'attendez pas devant. Le personnel sort par l'entrée des artistes.
- À quoi je vous reconnaîtrai ?
- Les poubelles sont en plastique jaune, moi en plastique bleu. »
(Michel et Jacques Audiard, Mortelle Randonnée)
« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage » ont écrit ou chanté les poètes. Mais l’Odyssée n’est pas un journal de voyage, c’est une lutte acharnée pour rentrer chez soi et y reprendre sa place. On a beaucoup critiqué Christopher Nolan pour les libertés qu’il a prises en adaptant le récit d'Homère. J’ai donc voulu creuser le sujet en lisant l’excellentissime Odyssée de l’Odyssée, essai de Christophe Ono-Dit-Biot, le mythique Que-sais-je ? sur Homère par Jacqueline de Romilly et enfin l’Odyssée dans la traduction de Victor Bérard. Je peux en conclure que si le scénario développe des variantes par rapport à l’original, c’est toujours d’après des éléments issus du texte : les morts qui n’ont pas eu de cérémonie funéraire, par exemple. De même, Ulysse, dès qu’il retrouve Pénélope, lui annonce qu’il va devoir repartir. La construction du scénario, fait d’allers et retours dans le temps et l’espace, n’est pas une invention de Nolan mais vient directement du livre. On a reproché aussi la longueur de la scène du massacre des prétendants. Dans le poème, sur 12 000 vers, le massacre en couvre 500 — à comparer aux 60 consacrés aux Sirènes. Même la construction de la psychologie du personnage d’Ulysse tire ses fondements du texte original. Une des grandes questions soulevées depuis 28 siècles reste justement pourquoi Ulysse met 10 ans à rentrer chez lui. On voit bien que, régulièrement, il sabote ses chances de retour pour prolonger l’aventure. Enfin, j’en profite pour rappeler que l’épisode du cheval de Troie apparaît bien dans l’Odyssée et pas dans l’Iliade.
L’extrait choisi de la bande-son se situe pendant la scène où Phémios, l’aède de la cour d’Ithaque, va dire un poème ; en prélude et avant de convoquer les muses qui l’inspireront, il interpelle les auditeurs pour obtenir leur attention.
Deux artistes ont sorti récemment des albums dont la musique laisse transparaître la souffrance/maladie. Vinni Reilly, alias The Durutti Column, après 48 ans au service du rock alternatif et trois AVC, continue de lever haut sa guitare et publie un disque poignant. James Ellis Ford, producteur renommé notamment de Gorillaz, Fontaines D.C. ou Arctic Monkeys, quand il apprit qu’il était atteint d’une leucémie foudroyante, se fit apporter à l’hôpital un PC, un clavier et un micro et composa douze chansons qui paraissent cet été. J’ai été touché par cette musique qui va droit au cœur et cela avant même de lire l’histoire qui a présidé à leur création.
Merci pour vos recommandations & dédicaces
Merci à vous pour vos recommandations qui élargissent les horizons de cette playlist. Pas de nom, vous reconnaîtrez vos morceaux. A tous, n’hésitez pas à m’en communiquer. Pour l’une d’entre elles, je me suis dit qu’il fallait mettre le lien de la vidéo du concert où le morceau fut enregistré. J’ai l’impression d’entendre la flûte et de voir les costumes de Peter Gabriel période Foxtrot passés au filtre du Madchester des Happy Mondays. Est-il nécessaire, pour vous convaincre, de citer le nom du morceau ?
Spécial dédicace aux super-organisateurs de notre cousinade de mai dernier : une reprise de Cecilia de Simon & Garfunkel en reggae qui n’aurait pas déparé, je crois, dans votre quiz.
Et, pour tous les cyclistes, la playlist publiée par David Byrne, l'ex-leader des Talking Heads, qu’il écoute quand il fait du vélo pendant ses temps libres entre deux concerts :
Miscellanées
Cet été, nous avons eu la joie de nous rendre au festival de Bayreuth, de monter la colline sacrée et d’assister à une représentation de Parsifal. Tous les ans ou presque (il y a eu des interruptions pendant les guerres mondiales), depuis 150 ans, à partir de fin juillet et pour un mois, des opéras de Richard Wagner sont joués dans un théâtre qui a été voulu et conçu par le compositeur (avec le soutien financier de Louis II, roi de Bavière). C’est rapidement devenu un lieu de pèlerinage pour les amateurs de ses opéras. Il faut dire que Wagner avait au milieu du XIXe siècle des idées révolutionnaires pour que les spectateurs soient emportés par la représentation (La salle Garnier a été inaugurée en 1875) : les gradins sont en amphithéâtre pour que chacun puisse voir correctement la scène, la lumière est éteinte dans la salle pour se concentrer sur la scène, l’orchestre est installé sous la scène et donc invisible au public, permettant ainsi aux voix des chanteurs de passer sans effort au-dessus de l’orchestre.
Parsifal, son dernier opéra est le seul à avoir été conçu pour être représenté dans ce lieu et il fut interdit de le jouer ailleurs jusqu’en 1913. Bayreuth c’est aussi, et depuis le commencement, un endroit fait pour manger, boire, acheter des goodies et se promener dans le parc pendant les longs entractes d’une heure entre chaque acte. Le seul bémol reste qu’encore aujourd’hui il n’y pas de surtitrage. Mieux vaut avoir « bossé » son livret avant. Heureusement, il y a la musique de Wagner et l’acoustique y est vraiment exceptionnelle.
Le prélude est joué rideau baissé et dans le noir complet. Comme on ne voit pas le chef d’orchestre, les premières notes émises nous prennent par surprise et on entre tout de suite dans l’intimité de la musique :
La suite (avec le concours de Marcel Proust et de Colette) :