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C’est toujours un plaisir de découvrir qu’un contemporain partage la même passion que soi. C’est aussi une crainte quand le livre qu’il a écrit s’intitule Mémoires d’un discomane. Discomane, avez-vous dit, un cousin d’héroïnomane ? c’est si grave que ça docteur ? Je sais bien que passion peut mener à obsession (compulsif comme on dit en anglais) mais quand même. Alors, il faut prendre son courage à deux mains et lire ce petit livre de 120 pages. L’auteur, critique musique à Télérama, plus âgé que moi de quelques années, raconte sur un mode ironique sa vie d’« écouteur » de musique et de collectionneur de disques dont le hobby envahit peu à peu sa vie et son appartement depuis l’enfance et ce magasin d’électro-ménager qui avait un rayon de 33-tours à vendre jusqu’à aujourd’hui où tout est rassemblé en playlists, en passant par l’acquisition d’un électrophone avec ampli intégré, par la révolution du CD et celle du streaming. Entretemps, quelques déménagements et ruptures amoureuses auront vu s’égarer des albums qu’il ne pourra pas ne pas racheter. Devenu critique de rock à Rock&Folk, aux Inrockuptibles et à Télérama, la rédaction de critiques d’albums ne lui suffit pas ; il lui faut aussi publier un blog présentant des 33-tours et compilant des playlists de morceaux inconnus ou oubliés qu’il veut réhabiliter — il a notamment une passion pour la chanteuse Beverly Kenney. Vous l’avez compris, à la différence (majeure) près que je n’en ai pas fait mon métier, le parcours de François Gorin présente quelques ressemblances avec le mien. Serait-ce générationnel cette relation à la musique enregistrée ? Au milieu des années 70, on rêvait alors d’un électrophone avec des hauts parleurs détachables puis d’une chaîne hi-fi. On lisait et relisait les magazines Best et Rock&Folk, retenant les signatures des chroniqueurs (Francis Dordor et Patrick Eudeline me reviennent à l‘esprit), apprenant par cœur les noms de groupes et de leurs albums dont on n’avait jamais entendu la musique. Je me souviens de cours passés à jouer au « baccalauréat » : on tirait une lettre de l’alphabet au sort et il fallait donner des noms de groupes de rock. Heureusement, on était un groupe de copains et on se répartissait les achats d’albums pour ensuite les enregistrer sur cassette ; cela permettait d’élargir son champ de connaissance musicale. Il y avait aussi une poignée d’émissions de radio qu’on écoutait religieusement le soir, le poste à transistors sous l’oreiller pour les découvertes. Je me souviens de Poste Restante de Jean-Bernard Hebey sur RTL (découverte de King Crimson), puis Bernard Lenoir et son Feedback (Fisher Z) sur France Inter. La Télé s’y mit aussi avec Les Enfants du Rock de Patrice Blanc-Francard et Antoine de Caunes (The Clash et Police), Rockline, Houba Houba, et enfin Rapido (Björk encore avec les Sugarcubes). Ensuite, le pouvoir d’achat augmentant, on a pu s’acheter plus de disques, puis de CDs, aller aux concerts et améliorer substantiellement la qualité de son système hi-fi. Je garderai pourtant la nostalgie de ces années de lycée. | |||||
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